jeudi 19 avril 2018

Rêverie calendaire #225








Curie Pierre n’a pas joué dans le Radium Horror Picture Show mais il meurt le 19 avril 1906, précisément quarante ans avant que Curry Tim alias Frank-N-Furter ne naisse dans le Cheshire. L'un est plus épicé que l'autre.





mercredi 18 avril 2018

Rêverie calendaire #224









18 avril 1763 : Marie-Josephte Corriveau, trente ans, est pendue par les Anglais à Québec pour le meurtre, à coups de hachette, de son second mari, qui la battait ; fantaisie de ses juges, elle est exposée sur une éminence, pendant cinq semaines, dans l’engoncement d’un « gibet de fer », une sorte de cage épousant la forme du corps, comme pour prévenir une résurrection malfaisante ; le spectacle de sa charpie se faisant trop incommodant, nul sabbat n’animant ses os — le folklore canadien, pourtant, en fera une fameuse sorcière —, on finira par la soustraire à la vue des Québécoises malheureuses en ménage, suffisamment instruites par l’exemple. 

Cent dix ans plus tard meurt à Munich, presque septuagénaire, l’inventeur du lait artificiel et de l'extrait de viande, Justus von Liebig, qui avait été à seize ans, à l’université d’Erlangen, à l’instar de nombreux autres adolescents (ce n’était pour lui et pour eux qu’un souvenir gênant), le sujet des odes enflammées et des secrètes lamentations du lamentable August von Platen, pionnier des poètes pédés sans faux-semblants et platonique à son corps défendant, qui n’eut ni sa viande ni son lait et mourut avant quarante ans, du choléra, à Syracuse. 

Le 18 avril 1988 enfin, tandis qu’entre deux Ghostbusters le canadien Rick Moranis, au sommet de sa carrière, fête ses trente-cinq ans — il s’apprête à tenir son plus grand rôle, celui du Je dans Chérie, J’ai réduit les enfants — comme on a traduit au Québec Chérie, J'ai rétréci les gosses — Pierre Desproges n’était plus qu’à trois semaines de ses quarante-neuf ans ; n’était plus, plus généralement.








mardi 17 avril 2018

Rêverie calendaire #223










Il avait connu le vieux Brahms quand il était adolescent, avait eu pour maître l’élève de l’élève de Beethoven et défendit de ce dernier comme de Schubert les sonates alors peu fréquentées, voire ignorées, en livrant les premières intégrales et les jouant superbement un peu partout entre la fin des années 20 et le début de la seconde guerre, qui le fait fuir en Amérique, car il est juif : le pianiste austro-hongrois Aaron Schnabel dit Artur, né un 17 avril en 1882, y continua vaille que vaille à imposer ces sommets oubliés de la culture allemande tandis qu’au pays leurs enfants ingrats comme rarement leur tournaient le dos ; puis, nostalgique, il va mourir en Suisse, peu après ses soixante-neuf ans.




lundi 16 avril 2018

Rêverie calendaire #222







Le 16 avril, comprend qui peut, n’arrive pas à garder son sérieux : lorsque Charlie Chaplin atteint l’âge de raison, Tristan Tzara naît en Roumanie, puis quand il atteint l’âge du Christ — il s’apprête alors, pourtant, à tourner son premier drame, L’Opinion publique — c’est Bobby Lapointe qui rapplique

(Quand il eut quatre ans, cependant, anachronique magnifiquement, naissait à Barcelone Federico Mompou.)





dimanche 15 avril 2018

Rêverie calendaire #221









S’ils moururent à peu près au même âge un 15 avril, Jean Genet survécut exactement six ans à Jean-Paul Sartre — il y aurait finalement une justice.




samedi 14 avril 2018

Rêverie calendaire #220



Une tête et un nœud. Jusqu'où iront-ils ?




Le 14 avril est catastrophique : en 1912, à minuit moins vingt, le soi-disant insubmersible Titanic heurte un iceberg, et mettra un peu plus de deux heures à couler ; en 65 surgit Alexandre Jardin, qui n’a pas encore touché le fond, faites-lui confiance.




vendredi 13 avril 2018

Toutes les pierres (bis)



Nouvelle interruption, mais toute une page dans le tout frais Matricule des anges d'avril ne pouvait pas être passée sous silence ici. J'en profite pour annoncer aux lecteurs parisiens de ce blog que j'aurai le plaisir de répondre aux questions de Sing Sing au sujet de Toutes les pierres mardi prochain, soit le 17 avril, à partir de 19h, dans l'excellente librairie Le Monte-en-l'air, à Ménilmontant. Et que plus vous serez nombreux, plus nous porterons de toasts ; or il s'agit tout de même de fêter dignement cette parution, soyez chic.

(Si vraiment vous ne pouvez pas venir, une seconde chance est prévue fin mai à la Maison de la Poésie, je vous en reparlerai.)

 

 

 

Rêverie calendaire #219










Le 13 avril 1899 naissait à Poughkeepsie (29 points) Alfred Mosher Butts, qui au début des années 30 est un architecte au chômage et un peintre amateur sans prétention à la postérité lorsqu’il conçoit le prototype du Lexiko, puis Criss Cross Words, le proposant des années durant à plusieurs fabricants qui l’envoient paître jusqu’à ce qu’un certain James Brunot, dans le second après-guerre, s’intéresse enfin à l’affaire : ce sera le Scrabble. 

Butts fêtait ses deux ans quand parut Jacques Lacan (29 points également), sept quand naquit Samuel Beckett (27), lequel en avait six quand disparut Takuboku (28, mais il n’avait que vingt-six ans), l’auteur d’Une poignée de sable et des Jouets tristes ; le 13 avril, assez gravement, joue sur les mots.




jeudi 12 avril 2018

Rêverie calendaire #218










« Pourquoi subir la vie, elle est imaginaire », écrit Jean-Claude Ladrat à la fin de son témoignage, Don Quichotte des Bermudes, c’en sont les derniers mots, datés du 12 avril 84 à vingt-trois heures, et il ajoute : « Tout là haut, dans le ciel, l’œil cyclopéen d’ALTAÏR m’invite à la solitude. »

Le livre paraîtra en juillet de la même année, aux obscures éditions de la Sévigne, tiré à quelques exemplaires. Jean-Claude alors a trente-neuf ans et son incroyable aventure vient de faire les beaux jours de la presse charentaise, sur un mode cocasse : comment rendre compte autrement, en effet, de ses trois mois de dérive atlantique, depuis Dakar, seul à bord d’une imposante soucoupe en bois qu’il a bâtie lui-même dans son jardin, à Marcignac, guidé par la voix d’un extraterrestre en provenance de la constellation de l’Aigle, et qu’il recyclait en esquif faute d’avoir pu mettre au point un moteur « amplifiant les ondes cérébrales » (la Nasa, contactée, avait fait la sourde oreille) ou de maîtriser tout à fait les flux magnétiques inversés qui l’eussent mue dans les airs, verticalement — ça marchait sur le papier, pourtant ?

Ce faisant il avait tenté de rejoindre le Triangles des Bermudes où treize ans plus tôt, au cours de l’hiver 1969, ledit Maître des Chevaliers de la Lumière lui avait parlé pour la première fois, tandis que le « Palma », un pétrolier de 80 000 tonnes sur lequel il servait depuis huit mois (à dix-neuf ans il s’engageait sur son premier cargo, achetait dans les ports de la SF au poids pour divertir ses quarts), traversait, selon ses dires, un intense « brouillard lumineux » unissant « la densité d’une masse gigantesque à la clarté de la lumière la plus pure ». 

Son enfance s'était racornie dans une institution : lorsqu’une mère désertait le domicile conjugal, fût-ce un taudis rural contenant un mari alcoolique, on la considérait mauvaise et l’État prenait le relais, dans les années 50 ; ç’avait été une rude école, les plus grands abusaient de lui, il s’était fermé comme une huître. Plus tard, il dévorerait des yeux, sans faire un geste, les adolescents dans les bars — il était gros et moche — et ce sera son premier regret, le soir du 31 décembre 83, avant une pensée pour sa mère, comme, pris dans une tempête, il notera sur son livre de bord, se rappelant avec une précision terrible ses concupiscences aux abords des flippers en 1977 : « J’ai toujours l’impression de traîner mon passé d’orphelin. Ma gaucherie paysanne me fait souvent remarquer à mes dépens. Trente-deux ans de débine ; moi, quand je désire une femme, il me faut payer […] Pourtant, le gamin attardé que je suis me rapproche de ces jeunes. Ça s’embrasse, ça discute, ça s’engueule. Je donnerais cher pour faire partie de leurs petits groupes. Rien que de les voir, je suis heureux de vivre, mais imprégné d’une tristesse que je ne peux définir. » 

À bout de forces, amaigri, nourri de plancton et d’eau de pluie, abandonné par le Grand Maître dont la voix a cessé d’émettre, il croira venue sa dernière heure lorsqu’un chalutier espagnol de passage voudra bien les treuiller hors de l’eau, lui et sa soucoupe ; son capitaine, qui déposera Jean-Claude à Abidjan, acceptera de satisfaire sa dernière volonté, saborder LADRITAN en haute mer — car tel était le nom de son vaisseau, il lui était apparu en rêve : « Dans ma coquille était enfermée ma passion, mes illusions, ma raison de vivre. Une partie de moi-même est noyée à tout jamais », avoue-t-il à l’avant-dernière page de son périple. 

La suite est mieux connue : revenu dans la Haute Saintonge, il se met en ménage (on a parlé d'inceste) avec sa mère Suzanne, revenue elle de son vagabondage, et, sous son tendre regard de folle grappillant des poireaux sauvages, se lance dans la construction ruineuse de LADRITAN II, en cuivre cette fois, devenant la fable de la région jusqu’à s’attirer la curiosité, en 1993, du programme de télévision belge Strip-tease, qui le rendra célèbre en un quart d’heure : un bon client, le couple est tordant, Suzanne lui volerait presque la vedette avec son testament écrit au dos d'une carte postale qui fait pouët-pouët

Il signe un temps des autographes, croise Jimmy Guieu sur le plateau de Dechavanne, puis c’est l’oubli, les nuits seul sur la banquette de la soucoupe qui ne décolle pas, maman qui meurt, sa plus grande fan — l’œil cyclopéen d’Altaïr ne l’invite plus à la solitude, il l’en écrase —, les mains baladeuses et même intrusives sur ses trois nièces et une gamine du voisinage qui finissent par le conduire en prison, loin, loin, bien loin de la constellation de l’Aigle. 

Il en sort tôt pour bonne conduite, la seconde soucoupe est détruite ; la dernière fois qu’on le signale, il vit chichement à Angoulême.








mercredi 11 avril 2018

Rêverie calendaire #217









Rejeton agité d’une excellente famille romaine, le sensible et aventureux Pietro Della Valle, qui était né un 11 avril en 1586, et que la découverte d’un trésor en Tunisie, dans sa jeunesse, avait rendu riche et indépendant, lui permettant d’errer dans le Moyen-Orient et d’en approfondir la connaissance, devait tomber fou amoureux en Perse, à trente ans, d’une Bagdadienne, Sita Maani, malheureusement victime du paludisme dix ans plus tard dans le Golfe persique, alors qu’enceinte de ses œuvres elle le suivait en Italie ; il avait promis à Maani qu’elle verrait Rome et pour ne pas faillir, il avait fait embaumer la belle, trimbalant le corps jusqu’en Inde — les musiciens de Goa l’intéressent et le chagrin l’égare — avant de rentrer au pays ; las, son visage avait pourri ; il épousa la jeune servante (seize ans) de sa défunte femme, qui lui donna quatorze enfants, et consacra le reste de sa vie à l’étude des langues orientales, à la poésie et à la musique ; il invente même des instruments, dont un clavecin enharmonique à trois claviers (en do, en mi bémol et en fa dièse) ; ses compositions sont perdues, on sait juste qu’elles étaient étranges. 

Tout ce qui se perd. Les liens nous échappent.

Le 11 avril 1945, des blindés américains arrivent aux portes du camp de Buchenwald ; neuf ans plus tard, Primo Levi, qui n’oublie pas, en visite les vestiges (lui était à Auschwitz) comme on y commémore l’anniversaire de sa libération, y retourne les années suivantes puis se fatigue, le 11 avril 87 son absence est définitive, il tombe au même moment, à Turin, dans l’escalier de son immeuble et ne se relève pas, suicide ou accident, on ne sait pas vraiment, on ne peut pas.





mardi 10 avril 2018

Rêverie calendaire #216








À propos de magma, tenez, le 10 avril 1815, l’Indonésie connaît l’apocalypse : le volcan Tambora, sur l’île de Sumbawa, développe soudain une puissance qui se trouvera dix mille fois moindre, cent trente ans après, à Hiroshima, un feu de Bengale en comparaison, on l’entend exploser nettement à mille cinq cents bornes de là et son ombre s’étend sur neuf cent kilomètres de ciel en flammes : pluie de pierres ponces, tsunamis et tout le tremblement — ses cendres atteignent la stratosphère et en font plusieurs fois le tour, provoquant au début de l’été d’intenses et sombres crépuscules jusques en Angleterre où les peignit Turner puis des famines l’année suivante, déclarée année sans été ; juin fut glacial en Chine, des lacs pennsylvaniens gelèrent en plein juillet.



lundi 9 avril 2018

Rêverie calendaire #215








Le 9 avril, comme disait Volvic — serait-ce cela aussi, les lettres françaises ? — un volcan s’éteint, un autre s’éveille : meurt Rabelais, naît Baudelaire.




dimanche 8 avril 2018

samedi 7 avril 2018

Rêverie calendaire #213








Plusieurs dates ont été proposées pour la passion du Nazaréen, celle du 7 avril 30 revient avec insistance, au fond on n’en sait rien, admettons. Il faut alors qu’un événement soit à la hauteur du précédent. Qu’a le 7 avril dans le coffre qui confirmerait l’hypothèse ? 

La mort du Greco ? de Toussaint Louverture ? La première du vingt-quatrième concerto de Mozart (allegro, larghetto, allegretto) ? La naissance de Billie Holiday ? de Jackie Sardou ? de Jackie Chan ? Le mariage de Charles et d’Yvonne ? La mission suicide du cuirassé Yamato ? Le coup d’envoi de l'extermination des Tutsis au Rwanda ? 

Tout cela n’est pas convaincant. On parle aussi du 30 avril, nous aurons peut-être plus de chance.