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samedi 6 juillet 2013

Morgue pleine






« On me demandait hier pourquoi je ne parlais pas. C'est, ai-je répondu, que rien ne m'ennuie tant que ce qu'on me dit, excepté ce que je réponds. » 

Benjamin Constant à Isabelle de Charrière, le 6 juillet 1793



lundi 28 mars 2011

Affaire de musique



L'autre jour je vous comparai à ce compositeur italien qui mettant en musique le credo faisait chanter non credo. L'Inquisition le manda mais on vit bientôt qu'il croyait autant que personne. C'était purement affaire de musique que son incrédulité. Non credo se chantait mieux. 

Isabelle de Charrière à Benjamin Constant, le 13 juin 1797





[Dictionnaire des artistes, par l'Abbé De Fontenai, 1776]


dimanche 20 mars 2011

Puisque nous existons





Benjamin à Isabelle, le 4 juin 1790 



[...] Je sens plus que jamais le néant de tout, combien tout promet et rien ne tient, combien nos forces sont au-dessus de notre destination, et combien cette destination doit nous rendre malheureux. Cette idée que je trouve juste n’est pas de moi : elle est d’un Piémontais, homme d’esprit, dont j’ai fait la connaissance à La Haye, un chevalier de Revel, envoyé de Sardaigne. Il prétend que Dieu, c’est-à-dire l’auteur de nous et de nos alentours est mort avant d’avoir fini son ouvrage, qu’il avait les plus beaux et vastes projets du monde, et les plus grands moyens, qu’il avait déjà mis en œuvre plusieurs des moyens, comme on élève des échafauds pour bâtir, et qu’au milieu de son travail, il est mort, que tout à présent se trouve fait dans un but qui n’existe plus, et que nous en particulier nous sentons destinés à quelque chose dont nous ne nous faisons aucune idée, nous sommes comme des montres où il n’y aurait point de cadran, dont les rouages, doués d’intelligence, tourneraient jusqu’à ce qu’ils se fussent usés, sans savoir pourquoi, et se disant toujours, puisque je tourne j’ai donc un but. Cette idée me paraît la folie la plus spirituelle et la plus profonde que j’ai ouïe, et bien préférable aux folies chrétiennes, musulmanes ou philosophiques des premier, sixième, et dix-huitième siècles de notre ère. Adieu [...]

 








Isabelle à Benjamin, le 8 janvier 1791

 

[...] Mais avant d’en venir à ce qui vous étant personnel est vraiment intéressant, je vous demanderai pourquoi chercher sans cesse le pourquoi de notre existence ? Puisque nous existons il fallait bien que nous existassions [...]




Correspondance de Benjamin Constant et d’Isabelle de Charrière, éd. Desjonquères



lundi 14 mars 2011

Espèce de folie




Quelle bizarre manie d'indépendance et d'isolement a dominé ma vie, et par quelle faiblesse plus bizarre suis-je encore maintenant l'homme le plus dépendant qui existe ! Il faut aller jusqu'à la fin de cette vie que j'ai mené si follement. J'ai du moins toujours eu le bon esprit de la conserver sérieuse et intacte aux yeux des autres ; personne ne se doute de l'espèce de folie qui l'inonde et la dévaste. 

Si dans six mois je ne suis pas hors de tous ces embarras, qui, en réalité, n'existent que dans ma tête, je ne suis qu'un imbécile et je ne me donnerai plus la peine de m'écouter. 

Benjamin Constant, Journal intime


dimanche 13 mars 2011

Les Français


J'approuve beaucoup une pensée heureuse que Schlegel exprimait hier. "Les Français, disait-il, savent si bien tout ce qu'ils diront dans toutes les situations de la vie, que c'est une véritable complaisance de leur part que de continuer à suivre une vie qu'ils connaissent si bien d'avance ; cela doit les ennuyer comme un conte répété." 

Benjamin Constant, Journal intime



jeudi 20 janvier 2011

Petit autel





« J'ai envie d'élever un petit autel à la déraison. » 

B. Constant, Journal abrégé, 15 juin 1806