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mardi 28 février 2017

Prélude de la porte héroïque du ciel


L'escalier menant à l'appartement d'Erik Satie, dans la "Maison aux Quatre Cheminées", photographié après sa mort par son ami Constantin Brancusi.

source : Ornella Volta, L'Ymagier d'Erik Satie, 1979




jeudi 7 juillet 2016

Deux orphelines




Ces deux piécettes récemment découvertes ont paru en avril dernier dans l'intégrale des œuvres en trois volumes mise au point par le musicologue anglais Robert Orledge ; sauf erreur, je suis le premier à en proposer un enregistrement (pas peu fier). En 1913, Satie travailla ainsi à des recueils de morceaux pour les enfants, de minuscules berceuses, valses, marches, ne sollicitant que les touches blanches, adaptées à de petites mains, une historiette courant entre les portées. Ces deux-là, abandonnées, sont sans histoires. 





vendredi 17 juin 2016

Un degré de séparation


Ce soir-là (il y a tout juste une semaine), en me rendant pour la première fois au théâtre de La Gare Franche, à Saint-Antoine, au nord de Marseille, j'étais loin de me douter que j'y trouverais un vieux piano ayant appartenu à un élève d'Erik Satie... et j'aurais pu croire avoir rêvé si quelqu'un de l'endroit n'avait eu la bonne idée de me filmer alors que je tentais, après le spectacle, d'entrer en communication avec le maître d'Arcueil. 


(Le spectacle, d'ailleurs, mérite qu'on en parle : c'était l'adaptation du très beau roman de Noémi Lefebvre, L'enfance politique, par Pierre Laneyrie et Marianne Houspie, que défendait seule en scène cette dernière, magnifiquement. Ce qu'on appelle une bonne soirée et une bien aimable ironie du sort.)




lundi 22 juin 2015

Septième Gnossienne




Oui, je sais, le quatre-vingt-dixième anniversaire de sa mort, ce n'est que mercredi en 8. Mais pourquoi ne pas célébrer le souvenir de son agonie, qui fut longue et pénible, tant qu'à commémorer à tort et à travers ?

(Cette septième Gnossienne n'existe pas vraiment ; vous l'aurez reconnue, c'est en fait la Manière de commencement des Trois Morceaux en forme de poire. J'ignorais qu'il en existait une réduction à deux mains de l'auteur — ou plutôt j'avais oublié qu'elle existait, cachée dans l'antérieur Fils des étoiles, qui n'en connaissait pas les trois dernière mesures : je les ai remises à leur place. Non mais.)



dimanche 14 avril 2013

Dans le mode le plus triste





  Arcueil, le 14 du mois d'avril 1899
Monsieur Pouillot, 

Pourquoi nous attaquer à Dieu lui-même ? Il est aussi malheureux que nous pouvons l'être ; depuis la mort de son pauvre fils, il n'a de goût à rien, mange du bout des dents.

Bien qu'il l'ait assis à sa bonne vieille droite, il est encore tout épaté que les hommes aient pu lui faire un aussi mauvais coup vis-à-vis de celui qu'il chérissait ; et il n'a de temps que pour murmurer, dans le mode le plus triste : cela n'est pas honnnête !

Je doute qu'il envoie en ce monde, même un de ses neveux : les hommes l'ont dégoûté de faire voyager sa famille.

Laissons-le donc tranquille, mes amis ; prions-le sincèrement, comme nous devons le faire, du reste.

C'est moi, Saint Erik d'Arcueil, Parcier et Martyr,

qui vous le dis. 


[Lettre à son frère Conrad Satie]


jeudi 30 août 2012

J'emmerde l'Art




Erik Satie, Première Gnossienne. (Version maison, live 2007) 
Danseuses javanaises, exposition universelle, Paris, 1889.



vendredi [23 août 1918] 

Chère Valentine.
 
Je souffre trop. Il me semble que je suis maudit.
 
Cette vie de “mendigot” me répugne.
 
Je cherche & voudrais trouver une place ― un emploi, quelque minime qu’il soit.
 
J’emmerde l’Art ; je lui dois trop de “rasoireries”.

C’est un métier de “con” ― si j’ose dire, que celui d’artiste.
 
Pardonnez-moi, chère Amie, ces justes expressions ― très justes.
 
J’écris à tous. Personne ne me répond, même un mot amical.
 
Zut !
 
Vous, ma chère Amie, qui avez toujours été bonne pour votre vieil ami, voyez donc, je vous supplie, s’il ne serait pas possible de le placer dans un lieu où il gagnerait son pain ?
 
N’importe où. Les besognes les plus basses ne me répugneraient pas, je vous le certifie.
 
Voyez au plus vite : je suis à bout & ne puis attendre.
 
L’Art ? Voici un mois & plus que je n’ai pu écrire une note.
 
Je n’ai plus aucune idée, ni n’en veux avoir. Alors ?
 
Votre vieux camarade : Erik Satie





lundi 7 mai 2012

Démonstrations du vertige





"Me trouvant à la campagne avec un ami, nous parlions du vertige, mon ami l’ignorait. 
Je lui fis plusieurs démonstrations du vertige sans obtenir le moindre résultat. Mon ami ne pouvait apprécier l’angoisse que l’on peut ressentir à la vue d’un couvreur travaillant sur un toit. A toutes les remarques présentées par moi, mon ami haussait les épaules, ce qui n’est pas très poli ni très aimable. 
Tout à coup je vis un merle qui venait de se poser sur l’extrémité d’une branche, d’une haute branche, d’une vieille branche. La position de cet animal était des plus périlleuses... Le vent faisait osciller la vieille branche que la pauvre bête serrait de ses petites mains crispées. 
Alors, me tournant vers mon compagnon : – Tenez, lui dis-je, ce merle me donne la chair de poule et le vertige. Vite, portons un matelas sous cet arbre, car si l’oiseau perd l’équilibre, il se cassera sûrement les reins. 
Savez-vous ce que me répondit mon ami ? 
Froidement, ... simplement : – Vous êtes un pessimiste. 
Convaincre les gens n’est pas facile." 

Erik Satie, Sur le Vertige (1912)


jeudi 26 mars 2009

Tout le monde vous dira que je ne suis pas musicien





Tout le monde vous dira que je ne suis pas musicien. C'est juste.


Dès le début de ma carrière, je me suis, de suite, classé parmi les phonométrographes. Mes travaux sont de la pure phonométrique. Que l'on prenne le "Fils des étoiles" ou les "Morceaux en forme de poire", "En habit de cheval" ou les "Sarabandes", on perçoit qu'aucune idée musicale n'a présidé à la création de ces œuvres. C'est la pensée scientifique qui domine.

Du reste, j'ai plus de plaisir à mesurer un son que je n'en ai à l'entendre. Le phonomètre à la main, je travaille joyeusement & sûrement […] 

Pour écrire mes "Pièces Froides", je me suis servi d'un caléidophone-enregistreur. Cela prit sept minutes. J'appelai mon domestique pour les lui faire entendre.

Je crois pouvoir dire que la phonologie est supérieure à la musique. C'est plus varié. Le rendement pécuniaire est plus grand. Je lui dois ma fortune.
 

Erik Satie, Mémoires d'un amnésique (fragments)
"premier volet : Ce que je suis" 
Revue musicale S.I.M., avril 1912







samedi 10 janvier 2009

Éphéméride




Après, ils ont prophétisé. À l'aide de sesquiquadrats, de signes du zodiaque et de conjonction des astres. Et ils n'ont pas caché que l'année serait pleine de choses. Les unes, les autres, et bien d'autres encore […] Un astrologue m'a assuré qu'on pourrait distinguer deux sortes d'événements de part et d'autre d'une ligne imaginaire qui séparerait le globe en deux zones : au nord, des catastrophes ; au sud, des cataclysmes.
Quant à l'homme, il restera le même, tel que donne à le juger dans sa médiocrité cette constatation d'un élève : "Le lapin s'arrache les poils du ventre pour faire un nid à sa famille. Combien de pères en feraient autant ?"
Un peu inférieur au lapin, il logera sa famille dans des nids en ciment.

Alexandre Vialatte, La poésie, c'est le mois de janvier


D'ailleurs les astres ne se trompent jamais. C'est en les consultant que nous nous sommes aperçus que les événements les plus importants du mois de janvier devraient se passer dans la première et la seconde quinzaine de celui de février.

Erik Satie, Pronostics pour l'année 1889


Nous avons la nostalgie d’époques de notre vie où nous n’étions pas heureux, où les embarras en tout cas étaient aussi raides. La raison en est simple : nous savons aujourd’hui qu’il nous restait alors à vivre tout ce temps au moins qui nous sépare de l’époque considérée, que nous avions de l’avenir en somme et que la mort serait tenue en respect durant toutes ces années. C’est bien la certitude a posteriori de notre invulnérabilité qui nous rend si précieuses ces époques révolues – tandis qu’aujourd’hui recèle plein de dangers, de menaces et que, demain, se lèvera peut-être la froide petite aurore du premier jour du monde sans moi.

Éric Chevillard, L'autofictif, 9 janvier 2009