Affichage des articles dont le libellé est opinions. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est opinions. Afficher tous les articles

jeudi 15 septembre 2011

Pense-bête





Si l’on peut s’imaginer avoir quelque chose d’important à dire, la moindre des politesses consiste à faire sentir ― sans insister ― qu’on en doute sérieusement.



lundi 30 août 2010

Conscience politique




Convaincu qu’à toutes les échelles, tous les postes, les hommes partout sans exception bricolent, improvisent, transigent, rafistolent, suivent leurs plus ou moins consternants caprices ou simplement les pentes où leurs affaires sont engagées, j’ai toujours pris en grande pitié les conspirationnistes et, l’avouerai-je, les idéologues ; nulle part de noir dessein, de complot qu’on pourrait déjouer et même, c’est triste à dire, de volonté de nuire marquée : il n’y a pas d’ennemi, partant pas de lutte possible, qu’un indescriptible merdier à contempler, effaré, en remettant au lendemain de nettoyer devant sa porte.



vendredi 7 novembre 2008

Même en enfer


"― Tu as cent millions, un souffle passe et te voilà comme un ver. On ne te laisserai rien, mais rien, tu peux y compter. ― Dans l’espace de quelques minutes, belle dame, vous serez une charogne. Il y avait, à votre porte, un pauvre homme qui vous priait, par votre ange gardien, de l’aider à glorifier Dieu et cela vous eût été bien facile. Mais vous étiez attendue chez une autre dame, sans doute, et vous avez failli écraser ce mendiant sous votre voiture. C’était votre droit. Le curé de votre paroisse vous admire et vous avez le saint sacrement dans votre hôtel, au fond d’un oratoire où se répand quelquefois le superflu de votre coeur. Les larbins et les invités en habit noir, et aussi quelques aimables personnes décolletées passent devant la porte entre-bâillée de ce sanctuaire. Vraiment je ne comprends pas que votre chauffeur ait aussi maladroitement raté ce poète. Mais, tout de même, vous êtes une charogne et vous le serez de plus en plus. Ah ! si c’était possible encore, que ne donneriez-vous pas pour contenter ce malheureux, pour fermer sa bouche accusatrice et vocifératrice contre vous ? Or, cela est impossible, à jamais impossible. Votre seule excuse, à supposer que Dieu s’en contente, ― comme le poète ― c’est que vous êtes une idiote pour l’éternité. 
L’infirmité de l’intelligence, chez ces maudits, est adéquate à la dépression des âmes. Eussiez-vous le don de persuasion d’un archange, l’entreprise la plus téméraire serait bien certainement de leur faire comprendre que leur richesse ne leur appartient absolument pas, qu’ils n’y ont aucun droit, sinon par la malice des démons inspirateurs des lois de ce monde et, surtout, par la permission mystérieuse et très-redoutable de Dieu qui se plaît à les confronter ainsi avec leurs victimes, leurs créanciers et leurs juges. Ils ne comprennent pas et ne comprendront jamais, même en enfer, où les poursuivra l’interminable cécité de leur sottise et de leur orgueil."   

Léon Bloy, Le Sang du Pauvre (1909)



samedi 31 mai 2008

C'est très bien





« Hilarant », « fantastiquement interprété » (Télé 7 Jours), « des fous rires assurés toutes les trois minutes » (Le Parisien), « qui tient toutes ses promesses, à commencer par la plus importante : faire rire » (Le Monde) : la presse n’avait déjà pas hésité à en rajouter, le service commercial de Fox France ne pouvait qu’en faire des tonnes : « découvrez le film ÉVÉNEMENT qui a ABASOURDI la critique ». La surenchère critique qui sévit sous nos cieux m’a toujours agacé, j’ai beau savoir que toute mesure a été pulvérisée depuis longtemps dans ce domaine et que personne n’est épargné (comme le montre dans le cas présent la solidarité du Monde et de Télé 7 Jours) je m’étonne encore de cette impudence, de ce délire, de cette malhonnêteté (mon côté Quichotte) ; il n’y a fondamentalement presque plus de différence entre 99% de la critique (de Télé Z aux Inrocks, donc) et le premier vendeur à la criée venu, elle a presque entièrement adopté la verve et le vocabulaire de l’animateur de télé-achat : elle me vante cette petite chose complaisante et artificielle (en l’occurrence Little Miss Sunshine (2-3 bons gags)) comme un éplucheur de patate révolutionnaire ou un rameur multifonction, me promet des fous rires comme d’autres garantissent l'obtention sous deux semaines d'abdominaux en béton prémoulé. (Et je songe à Claude Debussy – on ne songe jamais assez à Claude Debussy – qui, lorsqu’une œuvre l’avait particulièrement bouleversé, ou ébloui, consentait à risquer : « C’est très bien. »)