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samedi 23 mai 2015
Scène de ménage
La nuit et le jour sont assis sur le sofa et boivent du thé ; la nuit avec une goutte de rhum, le jour avec un nuage de lait. Leurs enfants, Aurore et Crépuscule, jouent dans leur chambre. Le jour explique qu’il veut divorcer. Parce que je suis noire ? pleure la nuit. Non, c’est pour aller vivre avec l’Éternité. La nuit traite l’Éternité de grosse pouffiasse. Elle sanglote. Depuis quand vous êtes ensemble ? Depuis toujours. Alors pourquoi tu m’as épousée ? Pour ton argent. Salaud ! Tiens, une gifle ! Le jour se frotte la joue qui rosit. Et les enfants ? demande la nuit. Je te les laisse, dit le jour. Ah non, tu t’en occupes. La nuit est sombre. Le jour se lève. Bon ben, adieu. La nuit tombe sur le sofa. Je veux mourir, murmure-t-elle, mais au fond elle n’est pas mécontente d’être débarrassée à bon compte de ce fils de pute.
Mika Biermann, Mikki et le village miniature (P.O.L, 2015), p. 209
mercredi 6 août 2014
Technique d'élévation
Trois fois par jour quatre anges aux ailes multicolores transportaient Marie-Madeleine du parvis de la grotte de la Sainte-Baume au sommet de la falaise pour une petite prière. On peut s'interroger sur leur technique d'élévation. Est-ce que le nombre des anges correspond aux quatre membres, est-ce que chaque ange saisissait une main, un pied, est-ce que la sainte pendait comme un sac de patates au milieu d'un scintillement d'ailes ? Ou est-ce que les anges lui procuraient un petit nuage, sur lequel elle pouvait monter, nue, les mains croisées devant son sexe, entourée de ses longues boucles, les yeux levés vers le ciel ? Peut-être les anges créaient-ils un champ magnétique invisible entre leurs mains tendues, et soulevaient Marie-Madeleine comme un magicien fait voler son assistante ? Peu importe. Arrachée au sol, longeant la paroi rocheuse à la verticale, son regard embrassait le vaste paysage, ses yeux buvaient la lumière divine. Du sommet, un jour de visibilité exceptionnelle, elle pouvait apercevoir la Corse à 200 km de la côte.
Mika Biermann, Palais à volonté (P.O.L, 2014), p. 137
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