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samedi 19 janvier 2019

Je sens est le seul mot de l'homme




"Toute cause est invisible, toute fin trompeuse ; toute forme change, toute durée s'épuise ; et le tourment du coeur insatiable est le mouvement aveugle d'un météore errant dans le vide où il doit se perdre. Rien n'est possédé comme il est conçu ; rien n'est connu comme il existe. Nous voyons les rapports, et non les essences ; nous n'usons pas des choses, mais de leurs images. Cette nature cherchée au dehors et impénétrable dans nous est partout ténébreuse. Je sens est le seul mot de l'homme qui ne veut que des vérités. Et ce qui fait la certitude de mon être en est aussi le supplice. Je sens, j'existe pour me consumer en désirs indomptables, pour m'abreuver de la séduction d'un monde fantastique, pour rester atterré de sa voluptueuse erreur."

(Lettre LXIII)


jeudi 26 décembre 2013

Comme chacun sait




« Vous me demandez ce qu’est devenu le mouvement, l’esprit, l’âme de ce corps qui vient de se dissoudre : la réponse est très-simple. Quand le feu de votre cheminée s’éteint, sa lumière, sa chaleur, son mouvement enfin le quitte, comme chacun sait, et s’en va dans un autre monde pour y être éternellement récompensé s’il a réchauffé vos pieds, et éternellement puni s’il a brûlé vos pantoufles. »

Senancour, Obermann



lundi 5 avril 2010

Enchaînements




"La musique creuse le ciel.
"
                                   Baudelaire, Fusées 




"dans cette province du ciel
 

après le blanc flashy des crashes
 
la couleur tendance
 
c’est le rouge
 
braise rouge accentué
 
par l’éloignement réciproque
 
la course de plus en plus
 
folle au loin dans le rouge
 
tout sombre ― j’aime
 
les objets sans nom
 
leurs bouillons brûlants"
 
 
                              Pierre Alferi, Les Jumelles




"Pour moi, j’aime les choses existantes ; je les aime comme elles sont. Je ne désire, je ne cherche, je n’imagine rien hors de la nature. Loin que ma pensée divague et se porte sur des objets difficiles ou bizarres, éloignés ou extraordinaires, et qu’indifférent pour ce qui s’offre à moi, pour ce que la nature produit habituellement, j’aspire à ce qui m’est refusé, à des choses étrangères et rares, à des circonstances invraisemblables et à une destinée romanesque, je ne veux, au contraire, je ne demande à la nature et aux hommes, je ne demande pour ma vie entière que ce que la nature contient nécessairement, ce que les hommes doivent tous posséder, ce qui peut seul occuper nos jours et remplir nos cœurs, ce qui fait la vie. "
               Senancour, Obermann




"je parle d'Amour comme s'il était une chose en soi, 

[…]
Laquelle chose, selon la vérité, est fausse 
puisque Amour n'existe pas en soi comme substance 
mais comme accident dans la substance."
                                                          Dante, Vita Nova 




"Ainsi va le monde, tas de fumier de forces instinctives, qui brille malgré tout au soleil en tons pailletés d'or et de clair-obscur." 

        Pessoa




"Le romantisme ? Je crois ne pas me tromper en considérant comme romantique ce qui ne vit plus qu’à moitié. Ce qui est abîmé, décrépi, malade, un très vieux mur d’enceinte par exemple. Ce qui ne sert à rien, ce qui est beau d’une manière mystérieuse, voilà ce qui est romantique. J’aime rêver à ce genre de choses, et à mon sens, il suffit d’y rêver. En fait, la chose la plus romantique qui soit c’est le cœur, et tout être capable de sentiments porte en lui des villes anciennes entourées de très vieilles murailles. "


                                  Robert Walser, La petite Berlinoise 



samedi 10 janvier 2009

Beauté du subjonctif




"Mais comment se fait-il qu'après les chants d'une voix émue, après les parfums des fleurs, et les soupirs de l'imagination, et les élans de la pensée, il faille mourir ?" 

Senancour, Obermann