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jeudi 20 avril 2017

Statuts Facebook (highlights)



"[...] tout individu qui écrit pour la renommée n'est pas digne, aux yeux d'un poète, d'être admis comme mouchard dans une préfecture de police bien tenue."
(Villiers de l'Isle-Adam dans une lettre à Mallarmé, 1866)



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"C'est trop singulier que personne ne soit jamais là quand on m'attaque. Toujours des alibis : donc c'est un complot donc tous sont complices !"
(August Strindberg, Inferno, 1896)



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Il nous faut des berceuses. 
(L'infinie douceur de ces timbres...)






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"Comment [l’amour] a-t-il pu te percer le cœur puisqu’aucune plaie n’est visible de l’extérieur ? Dis-le moi ! Je veux le savoir ! Comment a-t-il pu te transpercer ? — Par l’œil. — Par l’œil ? Et il ne l’a pas crevé ? — L’œil n’a pas été blessé mais le cœur l’a été grièvement. — Explique-moi comment la flèche a pu passer par l’œil sans le blesser et l’abîmer ! […] L’explication est pourtant simple : l’œil n’a aucun souci d’attention et il ne peut rien faire par lui-même. Il n’est que le miroir du cœur ; c’est par ce miroir que passe, sans le blesser ni l’abîmer, l’image sensible dont le cœur est épris. Le cœur est en effet placé dans la poitrine à la même place que la chandelle allumée dans une lanterne. Si on ôte la chandelle, aucune lumière ne peut émaner de la lanterne ; mais tant que dure la chandelle, la lanterne ignore l’obscurité et la flamme qui y brille ne l’abîme ni ne la détériore."

(Chrétien de Troyes, Cligès ou la Fausse Morte, 1176)





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"À l'exemple des saints prophètes, les sages et les savants ont aussi inventé par leur savoir-faire humain de nombreux instruments afin de pouvoir chanter selon la joie de leur âme. Ils adaptaient leur chant à la flexion des doigts pour se rappeler qu'Adam fut créé par le doigt de Dieu."
(Hildegard von Bingen)






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Rencontré un jeune peintre japonais qui m'apprend que le mot français le mieux rentré dans sa langue est "nuance" (prononcé "nu-an-seu"). Ce n'est pas tant qu'il comblait un vide, m'explique-t-il (tu m'étonnes), mais son chic s'est imposé.



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[10 avril] Sinon j'ai assisté hier au début du meeting de Chonchon mais sous le cagnard qu'il y avait c'était assez pénible et quand il a tonné, homérique, "NOUS SOMMES L'AURORE AUX DOIGTS DE ROSE", bouleversé par tant de lyrisme à la fois grec et nord-coréen, je suis plutôt parti me prendre une bière à l'ombre.






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Mettre à profit ses promenades. (György Ligeti, "Entre science, musique et politique", 2001)






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Je me souviens : la première fois que j'ai lu ces mots [d'Edgar Poe], je me suis senti comme Moïse découvrant les tables de la loi :
"...admettre comme principe primitif et inné de l’action humaine un je ne sais quoi paradoxal, que nous nommerons perversité, faute d’un terme plus caractéristique. Dans le sens que j’y attache, c’est, en réalité, un mobile sans motif, un motif non motivé. Sous son influence, nous agissons sans but intelligible ; ou, si cela apparaît comme une contradiction dans les termes, nous pouvons modifier la proposition jusqu’à dire que, sous son influence, nous agissons par la raison que nous ne le devrions pas. En théorie, il ne peut pas y avoir de raison plus déraisonnable ; mais, en fait, il n’y en a pas de plus forte. Pour certains esprits, dans de certaines conditions, elle devient absolument irrésistible."






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Très beau (et savoureux) portrait du claveciniste, réalisé deux mois avant sa mort (du sida, à l'âge de 38 ans, en France, où il était un étranger en situation irrégulière : encore un clochard céleste...)






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"Ainsi, dans les petites choses, il était un sadique envers lui-même, donc un masochiste, autrement dit le plus tendre, le meilleur et le plus secourable des hommes." 
(Freud, à propos de Dostoïevski)





dimanche 7 septembre 2014

À l'éternité la figure




« Le lendemain, il est reçu par Mrs Powers, que le projet de sa fille a toujours épouvantée et qui l'est plus encore lorsque Edgar lui assure que de cette union dépend sa vie ici-bas et pour l'éternité. Ses déclarations passionnées résonnent à travers toute la maison, il ne se contrôle plus. "Je n'ai jamais rien entendu d'aussi terrible, écrira plus tard Hélène, de terrible qui allait jusqu'au sublime." Le jeune avocat et littérateur William Pabodie, ami et voisin de la famille, est appelé en renfort : soucieux de l'état du poète, il fait venir un médecin, le Dr Oakie, lequel diagnostique une fièvre cérébrale et prescrit un repos immédiat. La veille, 8 novembre [1848], un admirateur inconnu, client de l'hôtel Earl House, qui a connu Edgar Poe dans le hall, ou peut-être au bar, l'a traîné chez un photographe — on dit alors un daguerréotypiste — intéressé par l'écrivain célèbre. Alors, entre la prise de laudanum et les fiançailles hypothétiques, Edgar se laisse faire et pose pour offrir à l'éternité la figure de son délabrement. C'est le célèbre daguerréotype Ultima Thulé, nom dont Hélène baptisa le portrait d'un homme au bord des ultimes limites et dont l'expression asymétrique indique un début de paralysie faciale. » 

Georges Walter, Enquête sur Edgar Allan Poe, poète américain (1991), p. 435 
(éd. Phébus libretto, 1998)





[Son dernier portrait, dit daguerréotype Thompson, 
date de la fin septembre 1849, quelques jours avant sa mort
lamentable et mystérieuse]


« Au milieu de la cacophonie universelle, tirer de soi deux ou trois notes justes, en échange d'une vie de chien, voilà tout ce que peut espérer le poète ici-bas […] Le reste n'est qu'anecdote : qu'il ait craché sur la foule tout en lui demandant la gloire et qu'il se se soit traîné au pied de cette maîtresse, détestée de ne lui donner qu'une œillade au lieu de la place légitime dans ses bras ; anecdote aussi, que le petit garçon bien élevé, orgueil des mères, intime des fantômes aux longs cheveux de brume, n'ait jamais frayé avec les hommes ni connu la convivialité, sinon dans les vapeurs de l'eau de feu qui apporta la démence aux Indiens. »

Ibid., p. 475