Affichage des articles dont le libellé est Stevenson. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Stevenson. Afficher tous les articles
mardi 28 janvier 2020
Un excellent trait de caractère
Manasquan, New Jersey, le 27 mai 1888
Cher Homer St. Gaudens,
Votre père vous a amené me voir aujourd'hui, et il espère, me dit-il, que vous vous souviendrez de cette rencontre. Je vais faire mon possible pour accomplir son vœu ; et il se peut que vous trouviez amusant, dans plusieurs années, de voir ce petit bout de papier et de lire ce que j'écris. Je dois vous certifier, pour commencer, que vous n'avez vous-même manifesté aucun intérêt pour cette rencontre, et que vous avez obstinément manifesté l'ambition de retourner à vos jeux, ce qui m'a semblé un excellent trait de caractère. Vous étiez aussi (j'use du temps passé, dans la perspective de l'époque où vous me lirez, plutôt que dans celle où j'écris) un très joli petit garçon, et (à mes yeux d'Européen) d'un aplomb surprenant. La période durant laquelle j'ai eu le loisir de vous observer fut si courte que vous devez me pardonner si je ne puis rien dire de plus : ce que je remarquai d'autre, cette agitation perpétuelle du pied et de la main, cette adorable maladresse, ces tentatives de vous en prendre au mobilier, n'était que l'héritage commun à tous les petits de l'homme. Mais il vous plaira peut-être de savoir que le monsieur maigre et rouge de fièvre allongé là, et qui vous intéressait si médiocrement, était dans un état d'esprit partagé et déplaisant : harcelé par un travail qui ne lui donnait pas satisfaction, tourmenté par des difficultés que vous surmonterez quand le temps sera venu pour vous de le faire, et cependant tout entier dans l'attente de rien de moins qu'un voyage dans les mers du Sud et que la découverte d'îles désertes et sauvages.
L'ami de votre père,
Robert Louis Stevenson
(Le père de cet enfant chanceux, Augustus St. Gaudens, était un sculpteur, auteur en 1902 de cette plaque commémorative.)
vendredi 12 mai 2017
Well, it's done
"Bon, eh bien, c'est fait. Ces tragiques seize pages sont enfin terminées, et j'ai mis de côté trente-deux pages de copeaux, et passé treize jours aussi près de l'enfer qu'on puisse supporter quand on est un être humain. C'est fait, et bien entendu, cela n'en valait pas la peine, et tout le monde s'en fiche."
(R. L. Stevenson, 1893)
jeudi 9 juin 2016
Child that has been in hell
Autoportrait de Stevenson dans une lettre à J. M. Barrie écrite à Samoa le 3 avril 1893 :
Excessivement maigre, brun, plutôt coloré […] et ridé, grisonnant, aspect général d’un foudroyé — ou d’un jeune homme brisé — ou pour emprunter une expression de Carlyle sur de Quincey d’ “Enfant qui a été en enfer”. Passé excentrique — obscur et oh ! nous n’en parlons jamais — Présent industrieux respectable et bêtement satisfait. Aimait beaucoup parler d’Art, n’en parle plus […] Nom dans la famille, la Célébrité Apprivoisée. Cigarettes sans interruption, sauf en cas de toux ou de baiser. Irrémédiablement empêtré dans la vie domestique. Boit beaucoup. Jure un peu. Caractère instable. Peut avoir des manières pompeuses, mais sujet aux transes. Fondamentalement l’employé de commerce ordinaire : accusé de tricher aux cartes, se croirait obligé de se brûler la cervelle, aussi peu qu’il en ait envie. Invalide depuis dix ans, mais peut dire fièrement que cela ne se voit pas. (Quand il se sent bien, ressemble à un garçon brun au caractère incertain, mais quand il va mal est un invalide au sourire évanescent.) A une propension à expliquer l’univers. Écossais, monsieur, Écossais.
Exceedingly lean, dark, rather ruddy [...] crow's-footed, beginning to be grizzled, general appearance of a blasted boy — or blighted youth – or to borrow Carlyle on De Quincey "Child that has been in hell". Past eccentric — obscure and O no we never mention it – present, industrious respectable and fatuously contented. Used to be very fond of talking about Art, don't talk about it anymore [...] Name in family, The Tame Celebrity. Cigarettes without intermission except when coughing or kissing. Hopelessly entangled in apron strings. Drinks plenty. Curses some. Temper unstable. Manners purple on an emergency, but liable to trances. Essentially the common old copybook gentleman of commerce : if accused of cheating at cards, would fell bound to blow out's brains, little as he would like the job. Has been an invalid for ten years, but can boldly claim that you can't tell it on him. (When he's well he looks like a brown boy with an uncertain temper, but when he is ill he's a rose-garden invalid with a sainted smile.) Given to explaining the universe. Scotch, sir, Scotch.
vendredi 15 novembre 2013
Minuscule entreprise
« […] si un homme aime un métier indépendamment de toute question de réussite ou de célébrité, les dieux lui ont fait signe. Certes, il peut éprouver aussi une vocation générale, un goût pour tous les arts, et je crois que cela arrive souvent — mais la véritable marque de sa vocation est cette laborieuse partialité pour l'un d'eux, cet irrépressible élan vers son accomplissement technique et (peut-être par-dessus tout) cette candeur de l'âme qui lui fait traiter sa minuscule entreprise avec la gravité qui convient au gouvernement d'un empire, comme si la plus légère amélioration méritait d'être accomplie sans mesurer sa peine, et son temps. Le livre, la statue, la sonate doivent être entrepris avec la bonne foi irrationnelle et l'application que mettent les enfants à leurs jeux. Est-ce que cela en vaut la peine ? Quand un artiste en vient à se poser cette question, la réponse implicite est toujours négative. L'idée n'en vient pas à l'enfant, tandis qu'il joue au pirate sur le canapé du salon, pas plus qu'au chasseur poursuivant son gibier, et la sincérité de l'un comme l'ardeur de l'autre doivent s'unir dans l'âme de l'artiste. »
R. L. Stevenson, Lettre à un jeune homme qui se propose
d'embrasser la carrière artistique (1888)
vendredi 4 octobre 2013
Comme des sauvages
— À ce rythme-là, dit-il en retenant son cheval, nous n’irons pas loin. Et je vous propose tout de suite de faire de deux choses l’une : ou bien nous nous fâchons et c’en sera fini, ou bien nous prenons le ferme engagement de tout supporter l’un de l’autre.
— Comme deux frères ? demandai-je.
— Je n’ai pas dit une bêtise pareille, répondit-il. Car j’ai un frère, et je me soucie de lui comme d’une guigne, mais si nous devons nous frotter l’un à l’autre au cours de cette fuite, ayons tous deux l’audace de nous comporter comme des sauvages, et que chacun jure qu’il n’aura pour l’autre ni rancune ni critique. Je suis un très méchant homme, au fond, et je trouve très désagréable l’affection de la vertu.
— Oh mais je suis aussi méchant que vous, dis-je. Francis Burke, ce n’est pas du petit-lait ! Mais que décidons-nous ? Nous nous battons, ou nous devenons amis ?
— Eh bien, dit-il, je crois que le mieux est de jouer cela à pile ou face.
Le jour suivant, puis un autre, se passèrent en tribulations analogues, Ballantrae décidant souvent de notre direction à pile ou face ; et une fois que je lui reprochais cet enfantillage, il me fit une curieuse remarque, que je n’ai jamais oubliée : « Je ne connais pas de meilleur moyen, dit-il, d’exprimer mon mépris de la raison humaine. »
Robert Louis Stevenson, Le Maître de Ballantrae (1889)
jeudi 4 juillet 2013
Tout un monde suspendu
III. LES DEUX ALLUMETTES
Il était une fois un voyageur qui chevauchait dans les bois de Californie. C’était la saison sèche, quand soufflent les alizés. Ayant parcouru beaucoup de chemin, fourbu et affamé, il mit pied à terre pour fumer une pipe. Il n’avait plus que deux allumettes dans ses poches ; il en frotta une, qui refusa de s’allumer.
—Me voici dans de beaux draps, songea le voyageur. Je meurs d’envie de fumer une pipe et il ne me reste qu’une seule allumette, qui ne va sûrement pas s’allumer ! A-t-on jamais vu créature plus infortunée ? Et pourtant, à supposer que l’allumette prenne feu, que j’allume ma pipe et que je jette ensuite le culot dans ces herbes, celles-ci pourraient prendre feu, car elles sont sèches comme de l’amadou ; et pendant que je chercherais à éteindre les flammes devant moi, le feu pourrait se propager derrière et prendre à ce buisson de sumac, qui s’enflammerait avant que je puisse l’atteindre ; et derrière lui, ce pin couvert de mousse prendrait feu lui aussi en un instant jusqu’à la plus haute branche ; et cette torche enflammée, comme l’alizé la brandirait à travers la forêt desséchée ! Il me semble entendre déjà toute la vallée rugir de la voix conjuguée du vent et du feu ; et moi qui m’enfuis à bride abattue, et l’incendie qui me gagne et me déborde à travers les collines, et cette charmante forêt qui se consume pendant des jours ; et le bétail brûlé vif, les sources asséchées, le fermier ruiné, ses enfants chassés sur les routes de la terre. Oh, tout un monde est suspendu à cet instant ! Il frotta l’allumette, qui ne s’alluma pas.
— Dieu soit loué, fit le voyageur en remettant sa pipe dans sa poche.
XII. LE CITOYEN ET LE VOYAGEUR
— Regardez autour de vous, dit le citoyen, voici le plus grand marché du monde.
— Oh, sûrement pas, dit le voyageur.
— Peut-être pas le plus grand, dit le citoyen, mais le meilleur, ça, j’en suis sûr.
— Là, vous vous trompez, dit le voyageur. Je pourrais vous citer…
On enterra l’étranger à la tombée de la nuit.
R. L. Stevenson, Fables (1894)
mercredi 25 juillet 2012
Une série d'adieux
« Merci de vous être souvenu de moi dans mon exil. J’ai lu Mimes deux fois en entier ; et maintenant, en écrivant, je le relis encore en puisant comme au hasard, une pièce à la fois, mon regard saisissant un mot et continuant, discipliné, jusqu’à la fin du fragment. C’est un livre gracieux, essentiellement gracieux, avec son agréable mélancolie envoûtante, son charmant parfum d’antiquité. En même temps, par ses qualités, il apparaît plutôt comme la promesse d’une chose à venir que comme une chose achevée en elle-même. Vous nous devez encore — et je l’attends impatiemment — une chose d’allure plus ample ; une chose placée sous une lumière diurne, pas crépusculaire ; une chose ayant les couleurs de la vie, pas les teintes fades d’une enluminure de temple ; une chose qui sera dite avec toutes les clartés et les trivialités de la langue parlée, pas chantée comme une berceuse à demi articulée. Elle ne vous plaira pas autant, quand vous nous la donnerez, mais elle plaira davantage aux autres. Elle formera un tout plus achevé, sera plus terrestre, plus nourrie, plus ordinaire — et pas aussi jolie, peut-être, peut-être même pas aussi belle. Personne ne sait mieux que moi que, en avançant dans la vie, nous devons renoncer à la joliesse et aux grâces. Nous ne parvenons à acquérir certaines qualités que pour les perdre ; la vie est une série d’adieux, même en art ; nos compétences elles-mêmes sont éphémères et évanescentes. »
R. L. S. à Marcel Schwob, Upolu, Samoa,
le 7 juillet 1894
(Achevé ce matin, avec émotion, l'extraordinaire
correspondance de Stevenson. La dernière lettre, écrite deux jours avant sa mort
brutale — embolie cérébrale
— à quarante-quatre
ans, comporte ces mots : Je ne suis pas né pour vieillir […] j'ai perdu le sentier qui vous permet de descendre
facilement et naturellement la pente. Je fonce tout droit. Et là où je dois
descendre, il y a un précipice.)
mardi 10 juillet 2012
L'indescriptible petitesse du champ
"[...] pourquoi l’artiste ne peut-il rien faire d’autre ? est une
question que je me pose en permanence. Il ne peut pas : fort bien ! Mais Scott
pouvait. Et Montaigne. Et Jules César. Et beaucoup d’autres. Pourquoi R.L.S. ne
peut-il pas ? Cela ne te sidère-t-il pas ? Moi, si. Je pense aux types de la
Renaissance, à leur humanité universelle, et je la compare à l’indescriptible
petitesse du champ dans lequel nous déployons nos efforts, pour des résultats
bien modestes. Je trouve que David Balfour est un beau petit livre, très artistique, parfait pour
meubler les loisirs d’un homme occupé ; mais comme couronnement d’une vie
d’homme, cela me semble insuffisant. Petit, c’est le mot ; c’est une petite
époque, et j’en fais partie. J’aurais pu espérer avoir d’autres occupations
dans ce monde. J’aurais dû être capable d’édifier des phares et d’écrire des David Balfour aussi. Hinc illae lacrymae. Je prends mon
propre cas par commodité, mais c’est une illustration de mon désaccord avec
l’époque. Nous faisons tant d’efforts, et nous ne faisons pas aussi bien que
Michel-Ange ou Léonard, ou même Fielding, qui était un magistrat actif, ou
Richardson, qui était un libraire occupé. J’ai honte pour nous ; j’ai les oreilles qui sifflent."
Stevenson à W.H. Low, 15 janvier 1894
"Je me trouve dans cet état où un homme se demande comment on
peut être assez bête pour embrasser la profession d'homme de lettres au lieu de
devenir apprenti barbier, ou de tenir un étalage de patates au four."
Le même
à Henry James, 7 juillet 1894
mercredi 4 juillet 2012
Du feu dans le Middlesex
« Je suis ravi des illustrations. Aux yeux d'un homme des mers du Sud, il est très étrange de voir les Hawaïennes vêtues à la manière des Samoanes, mais sans doute n'y voyez-vous que du feu dans le Middlesex. Comme si on habillait les banquiers de la City en bergers italiens ; enfin, peu importe, personne n'en dormira plus mal. »
R. L. Stevenson à Sidney Colvin, Vailima, janvier 1893
jeudi 28 juin 2012
Le seul critère
"Pourquoi, selon moi, Jenkin était-il un amateur ? Vous
pensez qu’il manquait d’humour (je pense au contraire qu’il était souvent
cocasse). Voici le véritable motif : je n’ai jamais ou presque jamais eu sous
les yeux deux pages de son œuvre que je ne puisse résumer en une seule sans
rien leur ôter. Voilà le seul critère que je connaisse en matière d’écriture.
S’il y a quelque part une chose exprimée en deux phrases, et qui aurait pu
l’être en une seule sans rien perdre en clarté, en charme, en puissance, alors
nous avons affaire à un amateur. À cet argument je suis sûr que vous allez
m’opposer Dumas père. Ta ta ta, l’objet d’un récit, c’est de faire traîner les
choses en longueur, de combler les heures ; l’art du conteur, quand il est
aussi écrivain, consiste à délayer en faisant preuve d’invention continuelle —
historique et technique — mais sans en avoir l’air ; de faire au contraire en
sorte d’user de cette même faculté de condenser, en privilégiant le présupposé
et l’évidence, qui est le propre de l’art d’écrire. C’est cela le point faible de
mes histoires : je ne leur laisse que la peau sur les os.
Je me lèverais
d’entre les morts à seule fin de prêcher cela !
"
R. L.
Stevenson à William Archer, Lac Saranac, février 1888
"Quels plaisirs peut-on comparer à ceux du virtuose dépourvu
de virtuosité ?"
Le même à Charles Baxter, le 7 mars 1890
Le même à Charles Baxter, le 7 mars 1890
samedi 16 juin 2012
Quelque chose de beau et d'antique
[Robert
Louis Stevenson à Henry James, Honolulu, mars 1889]
Ma femme vient d’adresser à Mme Sitwell la traduction (tant
bien que mal) d’une lettre que j’ai reçue de mon grand ami dans cette partie du
monde : allez voir Mme Sitwell, et demandez-lui de vous la lire ; cela vous
fera du bien ; c’est une meilleure méthode de correspondance encore que celle
de Henry James. Je plaisante, mais pour parler sérieusement, c’est chose
étrange pour un écrivain public sans cœur, malade, dans le mitan de l’âge comme
l’est R.L.S., que de recevoir une lettre ainsi tournée par un homme de
cinquante ans, chef politique, orateur émérite, et doué de l’esprit le plus
subtil de son village. Disons les choses comme elles sont, il s’agit du “très
populaire député de Tautira”. Mon dix-neuvième siècle vient achopper là, gésir
auprès de quelque chose de beau et d’antique. Il me semble que de recevoir une
telle lettre devrait porter à l’humilité, je dirais même — ? Quant à moi, je
tire plus de fierté de l’avoir reçue que si j’avais écrit Redgaunlet [roman de Walter
Scott] ou les six chants de L’Énéide. Tout bien considéré, si mes livres m’ont permis
d’entreprendre ce voyage, de faire la connaissance de Roui et de recevoir cette
lettre, ils n’auront pas (selon la vieille expression consacrée) été écrits en
vain.
[La lettre en question, signée Ori d’Ori, alias
Roui. Teriitera et Tapina Toutou sont les noms
indigènes de Stevenson et de sa femme :]
Tautira,
le 26 décembre 1888
Je vous fais part de ma grande affection. À l’heure où vous
nous avez quittés, j’étais plein de larmes ; et aussi ma femme, Roui Tehini, et
toute ma maisonnée. Quand vous avez embarqué j’ai eu beaucoup de peine. C’est
pour cela que je suis allé sur la route, et vous avez regardé du bateau, et je
vous ai regardés sur le bateau avec grand chagrin jusqu’à ce que vous ayez levé
l’ancre et hissé les voiles. Quand le bateau s’en est allé, j’ai couru le long
de la plage pour vous voir encore ; et quand vous avez gagné le large, je t’ai
crié : “Au revoir, Louis”, et comme je m’en revenais à la maison, je croyais
entendre ta voix crier : “Au revoir, Roui.” Après, j’ai regardé le bateau aussi
longtemps que j’ai pu, jusqu’à ce que la nuit tombe; et quand il a fait sombre,
je me suis dit en moi-même : “Si j’avais des ailes, je volerais jusqu’au bateau
à votre rencontre, pour dormir parmi vous, et ainsi je pourrais revenir à terre
et dire à Roui Tehini : j’ai dormi sur le bateau de Teriitera.” Après, nous
avons passé la nuit dans l’impatience du chagrin [...] Je n’ai pas dormi
cette nuit-là, pensant à toi sans arrêt, mon cher ami, jusqu’au matin : comme
j’étais éveillé, je suis allé voir Tapina Toutou sur son lit, mais hélas ! Elle
n’y était pas. Après cela, j’ai regardé dans vos chambres ; cela ne m’a pas
rempli de joie comme à l’habitude. Je n’entendais pas ta voix crier : “Bonjour,
Roui.” Alors j’ai compris que vous étiez partis et m’aviez laissé. Je me suis
levé pour aller à la plage voir si votre bateau était là, et ne l’ai pas vu.
Alors j’ai pleuré, jusqu’à la nuit venue, me répétant continuellement :
“Teriitera retourne dans son pays et laisse son cher ami Roui dans la peine, et
ainsi je souffre et pleure pour lui.” Je ne t’oublierai pas dans ma mémoire.
Mon vœu, le voici : je désire te revoir. C’est mon cher Teriitera qui est toute
la richesse que je désire en ce monde. C’est tes yeux que je désire contempler
à nouveau. Il faut que ton corps et mon corps mangent ensemble à notre table :
c’est cela qui me comblerait le cœur. Mais à présent nous sommes séparés.
Puisse Dieu vous garder tous.
[Fanny Stevenson ajoute après sa traduction, dans sa lettre
à Fanny Sitwell :]
lundi 11 juin 2012
Une corvée doublée d'une imposture

[Stevenson à son cousin, octobre 1887]
« J'ai un peu tâté de la renommée à présent ; c'est sans intérêt en comparaison d'un bateau à voile. »
[ À un ami, même date]
« J'ai fait un apprentissage bien curieux ; beaucoup de battage autour de mon nom, et les visites, et tout cela ; la notoriété, pour tout dire : et ce n'est pas aussi plaisant qu'on voudrait vous le faire accroire quand vous êtes jeune et n'avez pas envie de vous donner la peine de travailler. La célébrité n'est rien comparée à un yacht ; experto crede. Bien sûr elle procure quelques agréments : on rencontre des personnes très plaisantes et même intéressantes ; mais la chose dans l'ensemble est une corvée doublée d'une imposture ; et je suis bien plus heureux ici, dans les montagnes, où je ne vois personne et suis libre de vivre à ma guise. »
Inscription à :
Articles (Atom)










