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lundi 17 juillet 2017
Il importe peu dans Aldébaran
Quand il écrit ce morceau, Debussy vient de subir une lourde opération (cancer du rectum). "Évidemment, écrit-il à un ami, il importe peu dans Aldébaran ou dans Sirius que je fasse ou non de la musique, mais je n'aime pas la contradiction et accepte mal ce tournant de la destinée ! et je souffre comme un damné !" Et quelques jours plus tard, à son éditeur : "C'est demain que je débute dans le radium ; ce minerai qui a des effets bien surprenants, voire même mystérieux. Comme ma sensibilité est extrême, — merci bien ! — on est obligé de scinder les doses, ce qui rend le traitement beaucoup plus long... La Nature est sans pitié pour ses créatures."
L'élégie, bien entendu, est notée "lent et douloureux".
vendredi 30 juin 2017
Simple comme une herbe
La Tragédie de la mort de René Peter, auteur dramatique, n'intéressa aucun directeur de théâtre : l'intermède musical mis au point par son ami Debussy resta dans les cartons. "Mon cher René, lui écrit ce dernier un soir d'avril 1899, voici la berceuse, dont il ne faudrait pas croire qu'elle est faire pour endormir les spectateurs !... je crois qu'elle marchera, étant vraiment simple comme une herbe, et chantable dans toutes les positions."
Il était une fois une fée
qui avait un beau sceptre blanc.
Il était une plaintive enfant
qui pleurait pour des fleurs fanées.
La fée en la voyant pleurer
détacha des fleurs de son sceptre
et les laissa doucement tomber ;
l’enfant les noua dans ses tresses
et lui dit : « En as-tu encore ? »
Il en tomba mille et mille autres
le long de ses yeux, le long de sa bouche,
des mauves, des jaunes et des rouges ;
l’enfant en couvrit ses épaules
et lui dit : « En as-tu encore ? »
Il en tomba tout autour d’elle,
autant de parures nouvelles,
des colliers clairs, des ceintures d’or,
d’autres couraient le long de ses jambes,
cachant ses pieds sous des guirlandes.
« En as-tu ? En as-tu encore ? »
La blanche fée enfin descendit ;
elle ôta des cheveux de la petite fille
les fleurs répandues les premières
et qui étaient déjà flétries.
Mais l’enfant les lui prit des mains
et les jeta sur le chemin
avec de légers cris de colère.
Et la fée, la blanche fée dit :
« Pourquoi jeter ces fleurs sur le chemin ?
Tandis qu’elles passent d’autres naissent :
c’est ton bonheur que tu laisses. »
mardi 27 juin 2017
Un moyen assez rare
Je m’étais trop dépêché de chanter victoire pour Pelléas et Mélisande, car, après une nuit blanche, celle qui porte conseil, il a bien fallu m’avouer que ce n’était pas ça du tout ! ça ressemblait au duo de Monsieur Un Tel, ou n’importe qui, et surtout, le fantôme du vieux Klingsor alias R. Wagner, apparaissait au détour d’une mesure, j’ai donc tout déchiré, et suis reparti à la recherche d’une petite chimie de phrases plus personnelles, et me suis efforcé d’être aussi Pelléas que Mélisande, j’ai été chercher la musique derrière tous les voiles qu’elle accumule, même pour ses dévots les plus ardents ! J’en ai rapporté quelque chose, qui vous plaira peut-être ? pour les autres ! ça m’est égal — je me suis servi, tout spontanément d’ailleurs, d’un moyen qui me paraît assez rare, c’est-à-dire du Silence (ne riez pas !) comme un agent d’expression ! et peut-être la seule façon de faire valoir l’émotion d’une phrase […]
Claude Debussy à Ernest Chausson, lundi 2 octobre 1893
mercredi 15 juillet 2015
lundi 22 décembre 2008
Petites histoires sonores
Comme j’arguais d’avoir assisté et même participé à des enthousiasmes très recommandables, il répondit : “Vous êtes plein d’erreurs, et si vous manifestiez tant d’enthousiasme, c’était avec la secrète pensée qu’un jour on vous rendrait le même honneur ! Sachez donc bien qu’une véridique impression de beauté ne pourrait avoir d’autres effets que le silence...? Enfin, voyons ! quand vous assistez à cette féerie quotidienne qu’est la mort du soleil, avez-vous jamais eu la pensée d’applaudir ? Vous m’avouerez que c’est pourtant d’un développement un peu plus imprévu que toutes vos petites histoires sonores ? Il y a plus... vous vous sentez trop chétif et vous ne pouvez pas y incorporer votre âme. Mais, devant une soi-disant œuvre d’art, vous vous rattrapez, vous avez un jargon classique qui vous permet d’en parler d’abondance.” Je n’osai pas lui dire que j’étais assez près d’être de son avis, rien ne desséchant la conversation comme une affirmation ; j’aimai mieux lui demander s’il faisait de la musique. Il releva brusquement la tête en disant : “Monsieur, je n’aime pas les spécialistes.”
Claude Debussy, Monsieur Croche antidilettante
lundi 28 juillet 2008
Irréel enchantement
« Cette musique me semblait quelque chose de plus vrai que tous les livres connus. Par instants je pensais que cela tenait à ce que ce qui est senti pour nous de la vie, ne l’étant pas sous forme d’idées, sa traduction littéraire, c’est-à-dire intellectuelle, en rend compte, l’explique, l’analyse, mais ne le recompose pas comme la musique... Dans la musique de Vinteuil, il y avait ainsi de ces visions qu’il est impossible d’exprimer et presque défendu de contempler, puisque, quand au moment de s’endormir on reçoit la caresse de leur irréel enchantement, à ce moment même […] les yeux se scellent et […] on s’endort. »
Proust cité par Lockspeiser in Debussy, sa vie et sa pensée, p. 366
samedi 31 mai 2008
C'est très bien
«
Hilarant », « fantastiquement interprété » (Télé 7 Jours), « des fous rires
assurés toutes les trois minutes » (Le Parisien), « qui tient toutes ses promesses,
à commencer par la plus importante : faire rire » (Le Monde) : la presse
n’avait déjà pas hésité à en rajouter, le service commercial de Fox France ne
pouvait qu’en faire des tonnes : « découvrez le film ÉVÉNEMENT qui a ABASOURDI
la critique ». La surenchère critique qui sévit sous nos cieux m’a toujours
agacé, j’ai beau savoir que toute mesure a été pulvérisée depuis longtemps dans
ce domaine et que personne n’est épargné (comme le montre dans le cas présent
la solidarité du Monde et de Télé 7 Jours) je m’étonne encore de cette
impudence, de ce délire, de cette malhonnêteté (mon côté Quichotte) ; il n’y a
fondamentalement presque plus de différence entre 99% de la critique (de Télé Z
aux Inrocks, donc) et le premier vendeur à la criée venu, elle a presque
entièrement adopté la verve et le vocabulaire de l’animateur de télé-achat :
elle me vante cette petite chose complaisante et artificielle (en l’occurrence
Little Miss Sunshine (2-3 bons gags)) comme un éplucheur de patate
révolutionnaire ou un rameur multifonction, me promet des fous rires comme
d’autres garantissent l'obtention sous deux semaines d'abdominaux en béton
prémoulé. (Et je songe à Claude Debussy – on ne songe jamais assez à Claude
Debussy – qui, lorsqu’une œuvre l’avait particulièrement bouleversé, ou ébloui,
consentait à risquer : « C’est très bien. »)
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